"Maternage" ... Suis-je un danger pour mes filles ?

Publié le par Pluie d'étoiles

"Maternage" ... Suis-je un danger pour mes filles ?

En me baladant ici et là sur le net, je suis tombée sur cet article , dans lequel plusieurs passages décrivent quasiment tout ce que je fais avec mes filles comme potentiellement dangereux et signe d'une soif de reconnaissance que je n'aurais pas au travail ...

J'ai d'abord esquissé un sourire, et puis j'ai quand même pensé qu'ils abusaient clairement !

D'abord, je n'aime pas du tout cette définition de la "secte" à laquelle il semble que j'appartienne : "Ces mamans « nature » sont des mères qui ont choisi de vivre leur grossesse, la naissance de leur bébé et leur façon de l’éduquer avec un seul mot d’ordre : être totalement dévouées à leur enfant et à ses besoins". Eh, les gars, doucement, hein ... Je ne me reconnais pas du tout dans cette façon de voir : comme si nous étions des martyres un peu toquées du bocal, qui auraient oublié d'être femmes ... Faut pas pousser mémère ...

Alors voici tout simplement ce que je fais pour mes petites, sans toutefois me sacrifier corps et âmes et sans mettre en danger leur avenir ou leurs personnalités :

- ALLAITEMENT

Je me fiche royalement de ce qu'on peut faire ailleurs, du moment que mes congénères et leurs petits soient heureux et qu'on leur fiche la paix .Rien que sur ce sujet, déjà, être mère est un supplice : quoiqu'on fasse, on fait mal et nos choix sont très mal accompagnés, notamment par le corps médical.

Il était important pour moi d'allaiter, c'est comme ça,je ne me voyais pas faire autrement. Ca ne s'est pas très bien passé pour ma grande : crevasses affreuses, tétées douloureuses, j'avais l'impression qu'un petit Dracula me saignait à blanc. Oui, là vous vous dites "AAAAAh, mais voilààà, on y est, à la femme martyre !!!" Si on m'avait mieux expliqué les choses, ça ne serait pas arrivé.Et puis je suis têtue, je n'avais pas envie d'abandonner un truc qui est naturel pour plein d'autres femmes. Alors je suis passée à l'allaitement mixte. Pendant un peu plus de 6 mois. J'ai arrêté parce que la source se tarissait. J'étais à sec.Mais c'était chouette une fois passés les deux premiers mois. Ces petits moments en tête à tête étaient délicieux

Et c'est encore plus agréable avec sa petite soeur ! Je crois que je n'ai donné que deux ou trois fois le biberon, en prévision de ma reprise du travail. Laissez moi vous dire que ça me fait bien rire d'entendre que "donner le biberon, c'est pareil, tu peux le faire avec amour" Sûrement, oui, mais soyons honnêtes deux minutes, ça n'a quand même rien à voir ... Entre une tétine en caoutchouc qui délivre de l'eau et de la poudre en 5 ou 10 minutes chrono et un "coussein" chaud et confortable, sur lequel on peut faire une petite sieste, il n'y a pas photo, quand même ^^

Ma position préférée est couchée sur le côté. Elle me permet d'avoir les mains libres et donc de caresser les petits bourrelets de ma petite brioche ou de lire tranquillement pendant qu'elle prend son repas ou s'endort tout doucement. C'est ainsi que j'ai lu les 4 tomes de Millenium ces derniers mois ... Auprès de mon petit poussin.

J'ajoute que je trouve le commentaire de cette maman très drôle : "Je trouve le mot maternage pour ma part bizarre, car ce mot exclut totalement le papa et c’est une des raisons pour laquelle je n’ai pas allaité d’ailleurs". Je vous assure qu'il y a d'autres moyens d'être père que de donner le biberon !

On verra combien de temps ça durera. Je sais qu'on me fera des commentaires si j'allaite encore cet été, ou dans un an ... Peu me chaut ^^

- CODODO

Oui, on a osé.

Jade était un bébé très fusionnel. Dès la maternité.il était difficile de la poser sans qu'elle hurle. Alors je la prenais sur moi. Et c'est le meilleur souvenir que je garde de ces quelques jours. La respiration et le souffle de ma petite puce tout au creux de mon cou. Evidemment, j'étais au courant des risques qu'il y a à dormir avec son enfant, donc une fois rentrée à la maison, je l'ai mise dans un lit spécial, accolé au nôtre. Très pratique pour l'allaiter. Mais cette petite têtue se réveillait systématiquement dès que je la reposais dans son lit. Nous avons donc acheté un "babycocoon", qui a pris place dans le "lit conjugal" . J'en vois venir avec leurs objections .... Objection rejetée : vous n'avez aucune imagination !

Ma petite Linh n'étant pas du tout petite, elle dort maintenant à côté de moi, protégée d'un côté par le coussin d'allaitement. Je la positionne tout en haut du lit, il m'est donc impossible de l'écraser.

"Maternage" ... Suis-je un danger pour mes filles ?

- LE LIT DANS LA CHAMBRE

Oui, on est vraiment TRES vilains... Jade a dormi seule dans sa chambre vers 5 mois. Tout s'est plutôt bien passé jusqu'à ses 2 ans et demi. Des difficultés parfois à s'endormir, de longues allées et venues dans la poussette pour faire venir le sommeil, mais rien de terrible. Et puis il y a eu cette période où elle se levait la nuit, toute tremblante, apeurée. Elle réclamait de dormir avec nous.Ce qu'on a fait. Et puis on a fait cette bêtise. Non pas de la laisser dormir avec nous. Mais d'écouter les commentaires qui disaient que ce n'était pas normal. Que c'était un caprice. Et le pire est arrivé, j'ai honte de le dire. J'ai suivi les conseils de son pédiatre : on a fermé la porte de notre chambre à clé.Pendant trois nuits.Pendant trois nuits elle a hurlé jusqu'à devenir aphone,et elle s'endormait sur le carrelage froid au petit matin, comme un petit animal.

Le pédiatre avait dit "10 jours s'il le faut : elle finira par céder" . Merde. Ne jamais suivre des pseudo conseils auxquels notre coeur crie "non!"

Elle a 4 ans et elle n'a pas oublié.

Nous avons trouvé une solution qui convient à toute la famille : il nous était difficile de dormir avec cette grande saucisse qui prenait beaucoup de place dans le lit, alors nous avons tout simplement mis son lit dans notre chambre. Et grand bien nous a pris. Elle dort bien, nous aussi, et nous savourons particulièrement le moment du coucher, surtout quand nous nous mettons au lit au même moment qu'elle : on se lit des histoires, on se raconte des secrets, on rit, on se fait des câlins ...Rien de terrible ... Que du bonheur, en fait.

Ca a été la même chose pour les siestes. Il y a eu un moment où Jade ne voulait plus dormir l'après-midi, sauf si je la prenais dans mon lit avec moi. Bien sûr, certains jours j'avais envie de faire autre chose, mais au final j'en garde de très bons souvenirs et parfois ça me manque même un peu : l'écouter parler, lui faire des câlins, lui raconter des histoires et voir peu à peu ses paupières se faire lourdes ... et ses ronflements s'amplifier ^^

- NE PAS LAISSER PLEURER

Pour ça aussi, au début, j'ai écouté les "recommandations" de mon entourage, y compris des médecins ." SURTOUT ne la prenez pas trop dans vos bras, ça fera un enfant capricieux !" " Laissez la pleurer, ça lui fera les poumons" . Je trouvais ça très sévère. Mais j'ai suivi. La mort dans l'âme, j'ai laissé pleurer mon bébé à chaudes larmes . Je regardais les minutes passer, c'était terrible. Heureusement, j'ai vite laissé tomber .Il ne s'agit pas d'accourir au moindre gémissement. Pour Jade, j'ai beaucoup utilisé l'écharpe,à la maison, ce qui me permettait de vaquer à mes occupations tranquillement. Puis je l'ai mise dans un transat, et j'ai espacé progressivement les moments où elle était dans mes bras . Au début, je prenais une douche express, puis une vraie douche, et peu à peu, j'ai pu mettre une lessive en marche, me maquiller, ranger la maison, prendre du temps pour moi. Tout en douceur.

C'est beaucoup plus facile avec Linh qui est capable de rester seule plus longtemps. Mais elle commence à "grogner" pour être sur nos genoux. Comment l'en blâmer?

C'est quand même beaucoup plus intéressant de participer à la vie de famille et aux discussions que de rester dans un lit à fixer le plafond ou un mobile ...

- LE PORTAGE

Jade a très peu utilisé la poussette, surtout à partir du moment où elle a marché ( elle avait à peine 10 mois) Je l'ai prise un peu en écharpe et beaucoup dans les bras. Une vraie maman koala. Ça ne l'a pas empêchée de courir, sauter, grimper ... et maintenant, elle est tout à fait capable de passer du temps sans moi, je n'en ai pas fait une sangsue !

Pour la petite, j'utilise beaucoup l'écharpe (j'en ai parlé ici), car c'est beaucoup plus pratique que la poussette, je trouve : on emmène sa soeur à l'école, et elle peut dormir, ou choisir de regarder ce qui l'entoure, tout en étant bercée. Il me semble que c'est une forme d'éveil plus vivante que de rester allongée dans la poussette.

"Maternage" ... Suis-je un danger pour mes filles ?

L'ALIMENTATION ET L'HYGIENE BIO ?

Alors là, c'est ce vers quoi j'aimerais tendre, mais on a des efforts à faire, encore. Nous n'avons pas utilisé les couches lavables bien que persuadés du bien fondé de leur utilisation, parce que ça nous semblait trop contraignant (peut-être à tort ? Ce que j'ai pu lire m'a vite découragée). Nous essayons d'utiliser des produits d'hygiène le moins nocifs possible, et nous privilégions une alimentation saine, la moins "modifiée" possible (pas de plats préparés, fast-foods et compagnie ... Mais Jade a déjà goûté les frites en carton du "MacDo", nous sommes ouverts d'esprits, tout de même )...

- PAS DE FESSEE, PAS D'AUTORITARISME

Je vais finir par être taxée d'extrémiste, mais tant pis.

Oh, ça m'est arrivé de donner une petite tape ou une fessée. Mais par énervement, ou par réaction à une attitude qui me mettait en colère. Autrement dit, sans aucun intérêt éducatif.. Je trouve aberrant qu'on puisse justifier la violence pour "éduquer" des enfants. A mon sens, ça ne peut être que contre productif, et c'est même dangereux, je l'ai constaté dans le cadre de mon travail. Ça peut arriver, on est humain, on a tous des jours où on est à fleur de peau et où on a l'impression de ne plus rien gérer.

Mais à froid, c'est une chose qu'on ne peut pas légitimer. Ça rentre pour moi dans le cadre du "dressage" d'enfant. Ce type d'attitude me fait froid dans le dos. Il y a bien d'autres façons de faire. Je pense qu' il faut viser la coopération, et non la soumission et l'obéissance totale. Evidemment c'est plus compliqué ...

A ce sujet, je trouve la réflexion de Catherine Gueguen très édifiante :

« Il est très facile d’avoir un enfant sage. Il suffit dès tout petit de ne pas l’écouter, de ne pas l’entendre, de ne pas répondre à ses demandes. L’enfant saisit très vite que ce n’est pas la peine d’appeler, car personne ne vient. Il refoule ses émotions, une partie de lui s’éteint. Il ne saura plus qui il est, quels sont ses besoins et ne demandera plus rien. En grandissant, ses parents auront des difficultés à connaitre cet enfant qui s’exprime si peu.

Par contre, quand ses parents écoutent leur enfant, l’autorisent à exprimer ses émotions, ses besoins, l’enfant sera « plus difficile » les premiers temps car il manifestera ses émotions : ses peurs, ses tristesses, ses angoisses, ses colères. Il ne les refoulera pas. Mais il saura affirmer aussi son bonheur de vivre, son émerveillement, sa gaieté, sa curiosité. Il sera plein de vie et emplira la maison de sa présence joyeuse. Au fil des années, les parents auront beaucoup plus de facilité et de bonheur à élever cet enfant épanoui, confiant, qui exprime ce qu’il est, ses besoins, ses souhaits et avec qui un dialogue pourra s’établir quand il rencontrera des questionnements ou des difficultés. »

C'est en lisant les ouvrages d'Isabelle Filliozat et le livre "Ecouter pour que les enfants parlent, parler pour que les enfants écoutent" (Faber et Mazlich) que tout cela m'est devenu évident.

Je dirais, pour résumer la façon dont je conçois l'éducation de mes filles, que je privilégie avant tout notre relation. Je souhaite qu'il n'y ait jamais de perdant. Ni elles, ni nous. Ce qui nous pousse à réfléchir à nos exigences, à revoir la façon dont on explique les règles et à favoriser la coopération d'une manière plus respectueuse. Personne n'aime être critiqué à longueur de temps, se faire crier dessus, avoir le sentiment d'être en échec constant, de ne pas être à la hauteur de ce qu'on exige de lui.

Mais soyons clair : ça ne consiste pas à se faire mener par le bout du nez. Ce n'est pas le règne de l'enfant roi, loin de là. Ma fille sait exprimer ses besoins, et elle apprend à composer avec ceux des autres. Je ne parlemente pas des heures quand elle fait des crises (qui sont rares). On explique en amont. Pourquoi il ne faut pas s'abreuver d'écrans, pourquoi on ne peut se nourrir exclusivement de lait et de bonbons, pourquoi il est important de dormir ... Et nous la laissons le plus possible faire ses expériences et "assumer" les "conséquences naturelles " de ses actes. Par exemple, quand elle a refusé de mettre des gants en plein hiver, je n'ai pas perdu de temps pour qu'elle en mette. Elle est partie à l'école sans ses gants, et le soir, elle m'a dit qu'elle les mettrait le lendemain, car elle n'avait pas pu faire de bonhomme de neige avec ses camarades ... Elle a compris par elle-même.

INSTRUCTION ALTERNATIVE ?

J'aurais rêvé de pouvoir inscrire mes filles dans une (vraie) école Montessori, mais nos moyens ne le permettent pas (ce qui est un comble quand on connaît l'origine du travail de Maria Montessori, mais passons)

Ce que je pressens de l'avenir de l'école me donnerait très envie de faire l'école à la maison. La qualité du travail fourni par certains parents est impressionnante. Voyez ici et .

Ca me laisse rêveuse ....

Voilà donc où j'en suis de mes réflexions et ce que nous avons mis en place sans (plus) prêter attention aux remarques qu'on peut nous faire.

Nous ne sommes sûrement pas des parents modèles ,mais j'aime à croire que mes filles auront la possibilité de grandir en se sentant libres : de ressentir des choses, d'exprimer des besoins et de partager leurs craintes et leurs joies sans peur d'être jugées.

"Maternage" ... Suis-je un danger pour mes filles ?

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Fanny Fanny Run Run 15/05/2016 14:05

Et tu as bien raison, d'écouter ton cœur pour élever tes enfants. J'ai aussi essayé le "maternage proximal", plus avec mon petit Léo qu'avec "Nina ma tornade". 6 mois d'allaitement pour Nina, 1 an pour Léo, qui a fait du cododo dans son lit babybay jusqu'à 9 mois, a passé ses 6 premiers mois en écharpe... Il a toujours été un bébé beaucoup plus serein que sa soeur, malgré son RGO et ses problèmes de santé, même lors des visites à l'hopital Necker, il restait souriant... Et il est très rieur et câlin encore aujourd'hui à 18 mois, je suis convaincu que c'est lié au portage, au cododo et à l'allaitement. Quant à l'idée que "materner" ce serait mettre de coté le père, bien au contraire, leur papa est encore plus fusionnel avec eux que moi, et depuis leurs premiers jours. La seule chose que l'on arrive pas (encore) à faire c'est de bannir le cri, l'autoritarisme, et parfois certaines "tapes" quand Nina devient ingérable, même si on sait que ce ne sont pas de bonnes solutions. C'est sans doute une question de tempérament, la patience me manque parfois, et je t'admire vraiment pour cela. Courage, tiens bon, la douceur et la bienveillance dans laquelle vous élevez vos petites princesses sont précieuses !

Pluidetoiles 15/05/2016 14:58

Merci Fanny !
J'ai beaucoup "travaillé" pour gérer ma propre colère, ce n'est vraiment pas évident, surtout après une journée de travail bien remplie ... de toutes façons, les cris et les menaces ne règlent rien, et souvent empirent la situation. D'autant que je me suis aperçue parfois, que je me fâchais pour des broutilles ou pire, parce que je n'avais pas bien compris la situation. Alors qu'en restant (à peu près) calme, surtout après l'école, on désamorce les tensions et on trouve des idées qui conviennent à tous ... Mais ce n'est pas de tout repos, c'est évident !